Interview : Abbas Azzouzi, DG de l'ONMT

Publié le par yougrthen

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«Pour des produits adaptés à l'offre»

Le Directeur Général de l'Office national marocain du tourisme, Monsieur Abbas Azzouzi est conscient que l'heure est au renouvellement pour pouvoir attirer des touristes de plus en plus exigeants.



Le Matin :
Il y a de grandes parts à prendre sur le marché touristique allemand. Comment comptez-vous procéder pour atteindre cet objectif ?

Abbas Azzouzi : Si on veut prendre des parts importantes sur ce marché, il faut une offre balnéaire étoffée. 60 % de la demande allemande est, en effet, balnéaire. Aujourd'hui, l'offre au Maroc se concentre sur Agadir. Mais, ce n'est plus suffisant. Cette ville est pratiquement saturée durant la haute saison. Si on veut vraiment développer le tourisme, il nous faut d'autres stations balnéaires. Saïdia devrait ouvrir ses portes en juin de cette année.

On espère la programmer pour l'été 2009. Mais, encore une fois, la capacité est limitée. Trois nouveaux hôtels vont ouvrir leurs portes. Ils vont être vite saturés. Quand on a 10 marchés à qui on présente le même produit, la capacité fait défaut. C'est un véritable frein au développement. Tant qu'on n'aura pas en quantité suffisante des capacités balnéaires, nous ne pouvons pas développer d'une manière significative le marché allemand. On essaie, ainsi, de vendre le segment culturel avec Fès et le circuit des villes impériales. Là, on s'adresse à une population plus petite, de niche. C'est ce qu'on est en train de faire à présent.

Le Matin : Cela fait quarante ans que le Maroc participe à ce plus grand salon du tourisme au monde. Pourquoi n'a-t-on pas pu redresser la situation plus tôt ?

Abbas Azzouzi : On ne peut vendre que ce qu'on a à vendre. Le plan Azur n'a été lancé qu'en 2001. Avant, il n'existait que l'offre d'Agadir qui se vendait très bien sur le marché allemand. En 2001, les stations balnéaires étaient programmées. Mais, malheureusement, on enregistre un retard à ce niveau-là.
Même les ambitions du Maroc ont grandi au fil du temps…
Exactement. Mais tant qu'on n'aura pas un produit qui répond à la demande, on ne peut pas faire plus que ce qu'on effectue actuellement. Les miracles n'existent pas.

Le Matin : Quelle impression avez-vous suite aux différentes réunions avec les professionnels allemands. La destination marocaine est-elle prisée ?

Abbas Azzouzi : Quelques professionnels sont très intéressés car on a investi davantage sur ce marché. Le Maroc commence à prendre une position qui se construit sur la durée, notamment au niveau de la distribution. Notre pays devient une destination qui compte dans l'esprit des opérateurs. On leur a annoncé l'arrivée des stations balnéaires: Taghazout, Luxus, Mogador.

Le Matin : Pourquoi se focalise-t-on sur le balnéaire, alors que le Maroc offre le tourisme culturel ?

Abbas Azzouzi : Les destinations culturelles sont plus petites pour les Allemands. On a 30.000 lits balnéaires et 110.000 lits culturels. Le Maroc reste une destination culturelle. Il faut donc faire l'effort au niveau du tourisme balnéaire.

Le Matin : Mais la concurrence est très rude. Que comptez-vous faire à ce niveau-là ?

Abbas Azzouzi : On se bat avec ce qu'on a. On vend le produit culturel. On a programmé à partir de l'Allemagne des vols sur Marrakech qui ne se vendait pas en tant que destination. Maintenant, Marrakech est vendue en tant que séjour en dehors des circuits. Bien sûr, on développe également les circuits et on s'intéresse aux produits de niche. En effet, en Allemagne, il existe bon nombre de tours opérateurs de petite et moyenne taille qui s'intéressent aux produits de niche : le tourisme rural, l'aventure…

Le Matin : A part le marché allemand, comment l'ONMT compte développer davantage les parts de marché en Europe ?

Abbas Azzouzi : On va continuer à se focaliser sur les sept marchés européens principaux. Il nous faut, par ailleurs, trouver des marchés de relais, de croissance. C'est pour cette raison que l'on veut développer la Russie, la Pologne, le Moyen-Orient. On commence à s'intéresser au Japon et à la Chine, des marchés culturels potentiels très importants qu'il faut développer à long terme.

Il faut que l'on s'inscrive aussi dans les mutations qui s'opèrent dans l'industrie du tourisme avec l'émergence de l'Internet. On va développer cette année une plate-forme de réservation en ligne pour l'ensemble du Maroc. On espère une mise en ligne en septembre. On doit continuer à inciter les professionnels marocains à travailler sur le produit national. Il ne s'agit pas des hôtels et des destinations uniquement mais plutôt de la confection de nouveaux circuits. On ambitionne de faire en sorte que les pays d'accueil touristiques soient vendus. Cela nécessite de concevoir de nouveaux produits pour continuer à les vendre. On ne peut pas continuer à vendre des produits depuis les années 70 de la même manière. Il faut faire, donc, un très grand effort.

Publié le : 10.03.2008
www.lematin.ma

Publié dans Perspectives

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